comme TIBET



POTALA
Acrylique au couteau  (40x40)




YAK
Acrylique (24x18)



Montage Photos






 comme TEMPS

C'est une question de temps est un ensemble de textes qui s'amusent, se jouent des notions de temps. Chaque texte a sa propre notion. Le jeu consiste à les retrouver. Le temps vous appartient, à vous d'en profiter !


LE TAON



Lorsque je faisais des balades à cheval,
le taon passait très vite à côté de moi pour s'arrêter sur ma monture,
ruant pour s'en défaire, galopant perdant ses fers.
Sale taon ! Pensais-je.
Alors que j'avais juste le taon devant mon nez
d'un geste vif et précis
mes doigts se fermant, pendant le temps par une patte,
un autre nous assaillait
en deux temps et trois mouvements
je le prenais avec des gants.

Par les taons qui couraient
il fallait que je procède en deux taons
mais prendre le taon me tenta
ces derniers taons m'y obligèrent.

Aux taons pour moi, je ne savais qu'en faire.
Me vint une idée, de gagner du taon.
Quelques taons après
j'installais mes taons dressés
sur un joli drapé.
J'étais à la foire de Barlabarre
où personne n'y est avare.
J'avais passé mes taons
au moule de l'éducation de la valse à trois taons.
Depuis ces taons, j'étais à mon aise,
le taon, c'est de l'argent !

Mais je ne sais par quel changement de taon
au milieu de leur numéro
ils se dressèrent dans les airs
et se précipitèrent l'espace d'un taon
sur toutes les têtes alimentant la consommation des taons.

Et oui ! Le taon menace
s'il n'est pas nourri à taon.
Déguerpir sans perdre de taons
était impossible
vivre de l'air du taon
était une affaire ancienne.

Maintenant,
savez-vous à quoi je passe mon taon au fond de ma cellule ?
Je le serre entre mes dents
quel bon taon !

1





GOUTTE, GRAIN, FLAMME


C- Je suis le goutte à goutte
S- Grain par grain
C- Ma source s'épuise dans la durée
S- La tête haute me tourne
     et je glisse pour m'évanouir
     dans la partie basse de mon existence
C- Transparente dans la transparence
      je ne suis pas invisible
      transparente dans la terre cuite
      j'existe par utilité
S- Je me balance sur des airs de cuisson.
     Dans les jeux on m'épie,
     j'ai leur arrêt entre les mains
C- Mon chemin est à sens unique
     la dernière qui l'emprunte
     sera la défunte
     d'un passé qui ne reviendra jamais
     tout l'indique
S- Mes formes sont arrondies
     j'ai la taille fine
C- Ma forme est massive, informe
     et pourtant je suis à  l'article du féminin      
S- Le mien du masculin
C, S- Comme le monde est incertain
B- J'en ai la flamme qui vacille

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À VOS MARQUES, PRÊTS, FEU !


Pour s'exprimer
m'a-t-on fait comprendre
fallait user de quelques figures propre à soi.
J'ai passé le pied
on m'a hurlé au crime
j'ai pointé le nez
on me l'a écrasé
alors j'ai foncé tout en cime
poussant mes phonèmes.
La sage femme blasée et blême
m'a pendu par la cheville
n'aimait pas mes poèmes
de nouveau né.
J'en devins vert
de son teint de prose
la labiée sans parfum
elle qualifiait l'exigence
d'une parfaite santé.
Peu m'importait
que j'eusse la tête aux pieds
j'eus aimé qu'elle m'apostrophât
d'un sourire vernal
pour moi, elle avait perdu tout qualificatif qualitatif
et de son nom elle fut dévêtue
que j'appelais désormais machine à tifs.
Machine à tifs avaient été fabriquée
dans une vieille école
celle des normes que l'on colle
si déforme on recolle
elle métrait, pesait, jugeait
et notait
j'étais épinglé comme étranger
sans papiers
avec cruauté
repoussé à la frontière du mépris.
Alors elle me mit
sur une terre en jachère
qui ne voulait pas être mère
accueilli comme du gui
mon poème d'existence avait déjà commencé :
Bonjour la vie !

3



IMAGINARIUM TEMPORALYS


Mimo avait lu dans la nature que les fleurs détenaient des pouvoirs magiques. Il demanda à sa maman de planter des
immortelles et des impatiens dont l'essence des premières lui servirait à préparer une décoction pour offrir à celle-ci
l'éternité. Son père était parti un matin et l'absence de son retour avait fait naître une sorte d'incompréhension liée à la
culpabilité. Sa maman l'avait rassuré, en lui disant qu'il valait mieux pour eux, penser à leur vie plutôt que d'émettre des
suppositions qui les torturaient. Cependant Mimo regardait l'horizon, espérant l'esquisse d'une silhouette.
Quant aux impatiens, il croyait qu'en les observant régulièrement, il perdrait ce défaut. Sa maman lui répétait souvent :
« calme-toi Mimo, ne trépigne pas, tu es trop pressé ». Cette phrase était en introduction aux autres et cela commençait
à l'agacer.
Dans leur maison de pierres, les hivers étaient rudes et la belle saison était à l'effort : ramasser du bois et le ranger, cueillir
des fruits et des baies, chasser le gibier, plonger au fond des eaux pour y sortir l'acloa, le préparer, le sécher. L'acloa était
une sorte de tourbe indispensable à leur survie lors des grands froids. Et puis encore et toujours se protéger des nomades
pilleurs.
Nola, sa maman, avait tout assumé jusque là mais il était temps pour Mimo de se préparer à ces tâches. À douze ans,
l'homme  qu'il serait, se profilait et les responsabilités avaient besoin de maturité. À la lune mauve, Nola, les larmes dans
les yeux, chargea Mimo de descendre dans les eaux. « Je ne peux rien te dire de plus, Mimo, que d'être vigilant ».
Il se souvenait des blessures maculant le corps fragile de la femme qui l'avait aidé à grandir. Faute de mari, elle avait assumé
un travail d'homme, lui demandant force et ténacité. Un travail qui aurait pu être fait en trois heures l'était en six mais il était
accompli. Mimo admirait son courage. Maintenant, c'était à lui de montrer qu'il était digne de sa mère car il fallait montrer
de la volonté pour s'engager dans ces eaux.
Nola noua autour de sa taille une ceinture à laquelle était attachée une corde qu'elle tenait.
- Prends ce couteau et ne l'égare pas, il te servira à couper les hunnes, ces plantes solides en forme de grandes coupes, tu
   les rempliras d'acloa. Tire deux fois sur la corde, je t'aiderai à remonter.
- Maman j'ai peur.
Mimo aurait aimé prolonger le temps de l'enfance. Il était révolu. Ils se regardèrent un dernier instant et Mimo plongea.


4




DECOMPTE

4 tableaux accrochés dans la salle à manger
12 fois à tourner ces noms dans la bouche
52 raisons pour ne pas recommencer
365 vues exceptionnelles sur les 4 premiers
8760 km à parcourir
pour fuir éternellement cette première
qui deviendra dernière
si la nature s'accroche à un mur
l'aventure a besoin d'ouverture.

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NOSTALGIE


Il n'y aurait que des lundis dans mes semaines
ce serait pareil
lundi ressemble à mardi qui ressemble à jeudi
mais pas le dimanche
ce jour-là c'est le jour de paix
c'est une nuit qui n'a pas envie de se lever
une île à la paupière lourde
bordée de larmes
qui malgré les vents et leurs tourments ne cille pas
c'est pour ça que j'aime venir ici
sur le quai du port
très tôt les dimanches matins
il n'y a personne
la mer pour moi c'est comme ma femme
une caresse de quarante-trois ans qui m'a donné des enfants, des joies et des peines
qui m'a pris dans ses bras et rejeté sur les bancs de sable
seul
à contempler leurs images
sans pouvoir les toucher
il faut dire qu'à soixante et onze ans
la mer vous regarde comme une jeune fille
et se ride avec tendresse
pour vous faire comprendre  que vous avez passé l'âge
enfin
c'était un dimanche à six heures
alors que j'avançais sur le quai
je voyais s'éloigner misalo à bord du bateau de M. le Maire
quand je l'entendis :
- Hé gargouille, qu'est-ce que tu dis du paysage ?
Tous les bateaux de notre île avaient non pas hissé leurs voiles dans le ciel
mais sombré leur âme dans l'eau
un seul
le rétif
avait le flanc à jour
un port sans bateau
c'est un peu un vieil homme sans attaches
un souffle de vie qui s'étouffe dans la solitude
un endroit transitoire
qui a été
quand les autres ont vu cette nudité affolante
devant cette mer calme, sereine
leur visage s'est figé
on ne pouvait croire que cette transparence avait englouti une partie de notre vie
depuis ce temps, chaque dimanche matin
on entend clapoter des coques de bateaux
le chant d'une mer qui referme ses vagues
autour de ses enfants.

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QUEL CADEAU ?


Les lunes argentées
sont agéables à regarder                      
j'y vois mon visage
mais sans présage
je ne sais ce qu'il y a au-delà.
Attendre
ne pas prendre
ne pas toucher
imaginer.
Utile ou futile
qu'importe
le désir de savoir
gracile espoir
du plaisir.
Bientôt mes doigts glisseront
les rubans bouclés s'abandonneront
j'atteindrai l'invisible
achèvement de l'endurance
ne plus être l'objet du temps
j'ouvrirai mon cadeau.

7



VOUS ÊTES ICI


Leur maison se regarde.
Elle attend, contemple et pense que cet endroit lui semble immuable, figé.
Lui, entretient son jardin, ôte quelques fleurs fânées, tond l'herbe folle.
De chaque côté se meut l'existence, accrochée à un fil, posée de part et d'autre
de la route. Lui, forge son espace, ses actes le transforment. Elle, assise sur une
chaise le regarde de la fenêtre. Au milieu de ces deux êtres passe un enfant
sautant et souriant. À cet instant leur attention se pose sur lui. Sur cette route linéaire,
la jeunesse a quelque chose d'interminable, pense-t-elle. Lui l'apostrophe :
- Jojo, tu veux que je t'apprenne à jardiner ?
- J'peux pas, mes copains y m'attendent. Le jour que vous avez besoin de quelqu'un
  pour ramasser les fraises, y'a pas de problèmes, j'peux vous aider.

Leur jardin est froid.
Elle attend, à côté de la cheminée, la mesure surannée de son pouls qui lui enlève l'espérance
d'une nouvelle existence. La vie est trop longue, soupire-t-elle.
Lui retire la neige qui encombre le perron de sa maison. Il fait un bonhomme de neige sur le toit
et raconte à ceux qui veulent l'entendre qu'il n'y est pour rien. La veille de Noël, autour d'un goûter,
les enfants l'écoutent parler du secret de l'homme blanc.

Leur village est sage.
Elle attend, le souffle léger comme le dernier, déportée dans cet endroit, elle ne l'a jamais aimé.
Lui achève les dernières réparations de sa maison, bricoler est sa passion. Ce village est son port d'attaches
où ses ancêtres ont amarré leur vie depuis plusieurs générations.

Quand vous traverserez ce village, laissez vos yeux flâner. Vous apercevrez ces deux maisons, seules dans leur rue,
face à face. Arrêtez-vous et posez-vous la question à savoir , où et là ?  Elle ou lui ?

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LUI ET MOI


Je ne peux vivre sans lui
j'existe grâce à lui
je suis son miroir infidèle
ne lui ressemble pas
quand il rayonne
son bonheur m'illumine
trace sa route de mon ombre
quand il se réveille à l'est de nos rêves
nous nous profilons à gauche, coeur à coeur
quand nos appétits s'éveillent
nous cheminons dans les vertiges de la verticalité
quand les après-midi d'ouest finissent et nous séparent
il part et je l'attends.

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ENNÈA


La première fois que nous nous sommes rencontrés Ennéa s'était mis en tête de deviner le mois de mon anniversaire.
Je ne sais quelle science l'animait pour s'engager dans une telle recherche. Il eut été simple que je lui dise
mais elle était décidée à mener son enquête seule. Ennéa n'était pas du style à aimer les choses faciles. Elle
m'observa attentivement, prit des notes et me posa des questions du genre : qu'as-tu mangé au petit-déjeuner ?
De quelle humeur étais-tu hier ? As-tu reçu des invités chez toi dernièrement ? Que lis-tu ? Quelles sont tes
activités culturelles, sportives ? Parfois je n'avais pas envie de répondre, je répliquais vaguement. Elle me houspillait
en me disant de faire un effort et m'en débitait d'autres. Ne serais-tu pas allé chez ta mamie à dix-sept heures ?
Puis au hand-ball à dix-sept heures trente ?  Ennéa était devenue mon calendrier vivant. N'oublie pas de prendre ton
petit frère à la sortie de l'école, ta mère rentre plus tard de son travail le mardi ! Elle était si précise avec mon emploi
du temps qu'elle savait ce que j'avais fait et ce que je faisais. Elle finirait par me prédire mon avenir ! De peur et de
lassitude, j'évitais Ennéa. Impossible. Elle connaissait mes petits endroits, mes petits moments. Un soir, je décidai de
me coucher plus tard ce qui changeait mes habitudes. J'étais content de ce pied de nez. Le lendemain Ennéa me dit :
- Tu as les traits tirés, l'attention un peu floue et tu bâilles régulièrement. Tu ne t'es pas couché à l'heure habituelle.
J'avais l'impression d'être le prisonnier temporel d'Ennéa. Et cette affaire dura douze mois pour en trouver un seul. Un
jour, je reçus une carte d'anniversaire sur laquelle était inscrit « c'est celui-là » signée Ennéa. Je fus très étonné car elle
s'était trompée. Et en même temps, très content car mon mois n'était plus son affaire. Elle pensait l'avoir trouvé, je ne lui
ai jamais prouvé le contraire. Parfois la solution n'est pas une question de temps.

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MOT COMPOSÉ


Cherchant le repos dans le trait d'union
on me partage en moitié égale
pour être dans la manche de tout le monde.
Lorsqu'on m'appelle,
les courses effrénées se suspendent
je suis alors l'objet de discussion et de motivation.

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LE RÉGLEMENT DE COMPTES


Tous les 365¼ jours de l'année, l'un se vante de briller par ses mille exploits,
l'autre pleure de ne pas être aimée et le dernier souffle d'agacement. De mauvaise
entente, ils descendent sur terre et s'en prennent à tout le monde.
S- Je suis le plus fort, nommé Dieu en des temps anciens. Je suis indispensable sans
    moi ils seraient tous gelés.
P- Tu es tellement indispensable, tu as vu ce que tu as fait cet été, tes dégâts humains
     sont immondes.
S- Et toi pleurnicheuse, où étais-tu cachée ? Il est bien temps de pleurer maintenant.
     Certaines choses sont irréversibles, pourquoi n'es-tu pas intervenue ? Madame je fais tout.
     À toujours dire que personne ne t'aime. Ils avaient besoin de toi et tu n'étais pas là. Tu as
     préféré rester terrée dans ton petit coin. Maintenant, j'ai toute la place et je la garde.
V- Taisez-vous assassins
S- Ah sa sainteté va nous entretenir du code céleste moral.
V- Ce jour-ci est pour moi. J'ai trop peu agi cette année pour ne pas prendre la place.
P- Regardez un avion qui bariole notre ciel de traînées blanches.
S- Les enquiquineurs. Vengeance. Souffle et brille et goutte. Embûchons sa route. Entre deux
     cols, plantera son nez dans le sol.

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CHRONIQUE


Forte de plusieurs sens
je peux vous raconter des histoires
qui hanteront durablement vos mémoires.
Je m'incrusterai comme un virus
prêt à vous dévorer de l'intérieur.
Mes récits combleront les journaux
de vos vies je me nourrirai,
séparez le  vrai du faux
et je ferai courir des rumeurs.
Qu'est-ce que le temps, me direz-vous.
Comme la feuille née après le bourgeon
le bourgeon après la branche
la branche après les racines
en dernier la graine,
instrument de mon évolution
le sens m'échappe.
En premier la graine ?

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PROTESTATION


Il fut un temps où les jours de la semaine était en colère : rien ne va plus ici, c'est la débandade dit Lundi.
Mardi refusait de se lever, Dimanche était parti en vacances et Mercredi s'était mis en tête de faire travailler
tous les enfants. Lundi était affolé, lui le premier jour de la semaine dont les efforts ne se mesuraient pas
tant il était difficile d'être le jour après Dimanche, devait assumer les tâches des autres. Alors Lundi eut une
idée : puisque c'est ainsi, ils seront renvoyés. La semaine sera composée de Jeudi, de Vendredi, de Samedi
et de moi-même. Jeudi, malin, répondit : nous étions sept et nous voilà quatre. Cela veut dire que nous allons
intervenir plus souvent et réaliser les travaux des jours licenciés. Dans un mois, nous seront beaucoup plus présents.
Alors, la meilleure des solutions serait d'embaucher. Lundi, un peu perplexe devant cette situation, la trouvant bien
trop compliquée se demandait s'il n'avait pas parlé sans réfléchir aux conséquences. C'est exact, embauchons !
Le petit problème auquel ils se heurtaient, était l'endroit où passer leur annonce. Le calendrier, s'écria Lundi. Jeudi
ne voulant pas en faire une affaire d'état et trouvant toutes ces histoires peu catholiques, proposa à Lundi d'en rester
à ces bons vieux jours dont chacun avait l'habitude. Lundi réembaucha les licenciés. Mais ceux-ci ne voulaient plus
travailler dans les mêmes conditions. Après tout, c'est qu'il a besoin de nous. Demandons plus, demandons mieux
disaient-ils. C'est ainsi que chacun obtint une réduction du temps de lumière. Aussi les jour d'hiver, ils se couchèrent
de bonne heure.

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LA DIFFÈRENCE


Quand Jour rencontra Nuit, ils virent à quel point ils étaient différents.
Jour voulut offrir un peu de lui, c'est à dire un peu de lumière, de clarté
mais Nuit répondit : tu me donnes un peu de toi, j'en suis charmée.
Ne suis-je pas à ta lumière plus séduisante en restant moi-même obscure
et sombre. Et toi, voudrais-tu de mes étoiles ? Jour comprit qu'il ne servait
à rien de désirer ressembler à l'autre et de lui imposer ce qu'on est. Nuit
trouva un compromis : à l'aurore et au crépuscule nous fusionnerons, nous
nous enlacerons et je te bercerai pour te plonger dans un long sommeil. Et
puis à ton tour tu t'éveilleras, tu m'illumineras pour me blottir au fond de toi.

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GRANDE VIEILLESSE ET PETITE JEUNESSE


Entre deux portes je la voyais passer
elle gambadait
l'ombre fuyait

Derrière la porte la petite était assise
elle caressait son chat
elle l'embrassait

Appuyée contre la porte, je contemplais sa jeunesse
fleur de l'embonpoint de l'âge alors que le mien à
l'état de décrépitude crépusculaire aurait pu marquer
un oeil observateur à tendance comparateur.
Combien de sécheresse cutanée nous séparent et
combien de rayons de lumière nous rapprochent.
Quand le printemps côtoie l'hiver, les floraisons à
l'orée des routes dégèlent les fondrières.

- Mémé, j'ai remarqué que tu avais des ponts sur le visage.
   Ça c'est l'âge ! Quand tu traverses la maison, j'ai l'impression
   que je pourrais aller à l'école toute la journée, en rentrant tu ne
   serais pas encore arrivée. Des fois, quand tu te lèves de ta chaise,
   on dirait une carte routière qu'on sort du fond de la boîte à gants
   de la voiture sans jamais savoir comment la déplier et enlever les
   plis. Ça mémé, c'est l'âge. Je suis contente que tu sois vieille, tu
   ne peux pas t'imaginer à quel point. Pour parler, je peux aller chez toi,
   tu es toujours là. Les autres sont trop occupés à faire des tas de choses
   et les choses ce n'est pas moi. Toi, dès qu'on pousse la porte de ta
   maison, tu souris. Ça c'est l'âge mémé et il est drôlement bien.

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SOLITUDE


Il est 21h
je suis allongé sur mon lit
à rêver sur le plafond
seul

Il est 7h
je me lève
me prépare un petit-déjeuner
pars à l'école
seul

Il est 16h30
l'école est terminée
retour à la maison
seul

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BONHEUR FUGACE

Je marchandais quelques flèches
pour aller à la pêche.
Du ruisseau au fleuve en passant par la mer
je tâtais toutes espèces
au prix de ma jeunesse,
n'en voulant tuer aucune
je les relâchais sans amertume.

Las de décocher
j'entrepris de voyager
sans bagage, sans passager.

Chemins empoussiérés, tête aérée,
resplendissait
une fleur allongée.
Mon coeur ému par ses couleurs beautés
s'inventa des mains pour la cueillir :
des merveilles du sol peuvent jaillir
vous avançant de charmant sourire.
Fleur des champs
filant
la retenir devenait pressant
fleur d'une saison
fanant
je lui décochais les aiguilles du clocher
pour arrêter le temps.
Voyant à l'horizon
le bel ange cupidon
des négoces prenant cours
je l'entendis :
je ne suis pas un marchand de tapis
jetant mon amour aux vautours.

18




CONJUGUONS NOS INSTANTS


Petit solitaire
Pierre
tu accroches ta vie
à la pierre d'hier
Pierre
écoute-toi
l'imparfait est celle que tu préfères
raconte
tes vacances dernières
tes rencontres dernières
des anecdotes qui radotent la matière
ton histoire c'est l'histoire
tu n'es plus d'époque
la mémoire est un phénomène dont on se moque
quand l'ascenseur est bloqué sur le mauvais palier
à présent
joue avec nous
les cailloux dans les genoux
désolé
tu n'es pas très doué
je t'apprendrai ce qu'il y a à faire
Pierre
je te donnerai du temps.

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MES ENFANTS


J'ai donné naissance à quatre bons chérubins.
Je pensais qu'ils se ressembleraient, c'était sans compter la nature,
qui les avait dotés d'un caractère particulier.

Le premier est le plus espiègle, le plus curieux et le plus créatif.
D'une graine, il invente une fleur
Du vert, il fait naître mille couleurs
Il cueille des bouquets d'aventure. Il est aussi très sensible, d'une larme
peut surgir un rayon de soleil. J'ai l'impression de le voir renaître
chaque jour.

Le deuxième est tout sentiment. Il dégage une chaleur de coeur à faire
fondre les glaces aux senteurs fruitées. Il adore les jeux d'eau et rencontrer
de nouveaux amis. Il semble paresseux mais en fait il passerait son temps
à faire des câlins.

Le troisième est l'original de la famille. Il s'habille d'une façon excentrique,
au mélange de couleurs chatoyantes et brunes sur fond gris. Bigarré
jusqu'au garrot. Très théâtral, il écrit des pièces sur des feuilles qu'il découpe
et jette en l'air en vociférant être ou ne pas être, lettres mortes qu'il ramasse
à la pelle.

Et enfin, le quatrième est assez tristounet et mélancolique. Il a le teint pâle, la
démarche lente et peu assurée. A toujours froid et est fatigué par les tonnes  
d'habits qu'il porte pour se couvrir. Parfois la pensée du deuxième le
réconforte et le fait glisser sur des pentes d'humeur blanche.

Ah ! Quels qu'ils puissent être, ce sont mes petits amours. Je les berce, les
cajole et les porterai jusqu'à la fin des temps.

20





HENRI


Henri fait tout ce qu'on lui dit
bien gentil
n'est pas comme nous
sa mère se méfie
a peur pour lui.

Henri se laisse faire
belle affaire
content de plaire.
Les bons sentiments
ne sont pas en place
dans toutes les chaumières.
Henri ne sait pas faire le tri
chaque coeur est un palace
où ses sourires se déposent
ne voit pas la glace
dont certains disposent.

Henri est métronome à sa manière
il bat une mesure
qui n'est pas toujours en accord
avec notre partition.
Dans ma musique
j'aimerais mettre quelques notes
pour lui
mais à l'école du savoir
on ne m'a pas appris à composer avec lui.

21





L'ÉPHÉMÈRE


Je lui ai remonté les aiguilles
après qu'il ait perdu le nord.
Il avait rencontré une belle horloge
dont il avait espéré filer le temps.
De seconde en seconde, de minute
en minute, d'heure en heure, il était
convaincu de cette harmonie du tic-tac.
Et puis les secondes devinrent des heures,
la discordance des instants laissa retentir
une division du temps. L'horloge était
joyeuse, pimpante, le cadran en bon état,
un horloger était passé par là.

22





COMBIEN


Le mein durera ce que je ne sais pas
pas la peine d'économiser
n'en connais pas la somme.
Trop long, trop court
ennui, amusement
pas de balises sur le parcours.
Aujourd'hui, il est à l'argent
le prendre est un luxe.
Presse ! Presse !
Mon coeur palpite sous l'agitation.
Plus vite !
Mes semelles glissent sous les précipitations.
Brasse ! Brasse !
Le bateau sombre
ne sais combien ai amassé.

23



FINALEMENT


Elle a posé les mains sur les yeux
comme on tourne le visage pour ne pas voir,
l'animal s'approchait, les lèvres retroussées.
Elle entendait les pas écraser la neige,
affirmant son inébranlable résolution à la
toucher.
La nature était son parent. Elle lui parla, puis
s'agrippant à la crinière, s'enfuit sur les vents
en nue d'ange.

24


SOLUTIONS


1- Les différentes expressions du temps
2- Clepsydre, sablier, bougie
3- Naissance
4- Temps fictif
5- Trimestre, mois, semaine, jour, heure
6- Le passé
7- Chronomètre
8- Espace-temps
9- Cadran solaire
10- Année
11- Mi-temps
12- Soleil, pluie, vent
13- Le sens du temps
14- Les jours
15- Jour et nuit
16- Génération
17- Les heures
18- Subjectivité du temps
19- Imparfait, présent, futur
20- Printemps, été, automne, hiver
21- Métronome
22- Désynchronisation
23- Durée de vie
24- Arrêt du temps